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Lundi 23 juin 2008 :
Interview de Vérane
Frédiani et Franck Ribière, Présidents de La fabrique de
films
Doit-on
revoir la classification des films en France ?
Oui. Vu ce que les adolescents âgés entre 12 et 16 ans voient
comme images violentes et gores gratuitement et librement
sur internet ou en DVD ou encore dans leurs jeux vidéo, il
est inutile d'avoir encore de nos jours une interdiction aussi
stricte en salle pour les films d'horreur.
L'interdiction aux moins de 16 ans devrait être ramenée à
14 ans pour permettre ainsi à ces films d'être vus par leur
public cible, le public pour lequel ces films sont faits et
leur permettre de les voir sur grand écran et dans de bonnes
conditions d'image et de son. Rappelons que beaucoup de ces
films sont vus par les ados en version piratées sur leurs
ordinateurs ce qui en plus d'offrir un rendu très moche rend
le financement de ces films de plus en plus dur.
Pour résumer, les ados âgés entre 14 et 16 ans sont des gros
consommateurs de films d'horreur et d'images violentes. Interdire
ces films en salles au moins de 16 ans ne les empêche pas
de les voir. Par contre, cela met les producteurs et les distributeurs
de ces films dans une impasse financière.
L'autre souci est que les films violents américains ne sont
pas censurés aussi strictement que les français. Par exemple,
le film 300 n'a pas été interdit aux moins de 16 ans.
Pensez-vous que ce puisse être la
fin du cinéma d'horreur en France si la sortie de Martyrs
était effectivement annulée ?
Non mais ce sera le début du cinéma d'horreur politiquement
correct comme le font si bien les studios américains. Notre
cinéma d'horreur sera toujours aussi violent, mais il n'y
aura plus une goutte de sang et l'héroïne ne mourra pas à
la fin. Encore une fois, la France adoptera la méthode américaine
et la spécificité bien française du film de genre (le réalisme)
disparaîtra. Exemple : Transformers. Ils détruisent tout sur
leur passage, c'est violent, mais il n'y a pas une goutte
de sang. Idem pour Die hard 4, I am a legend ... les héros
tirent sur tout ce qui bouge, c'est brutal mais il n'y a pas
une goutte de sang.
À qui profite, selon vous, cette
censure ?
Aux sites de piraterie.
Aux vendeurs de jeux vidéo (qui fabriquent des jeux de plus
en plus violents et qui profitent du gouffre laissé par le
cinéma).
Aux films américains de studio que la censure ne censure que
très peu.
Cela fait également plaisir à une certaine France bien pensante,
traditionnelle...qui pense que les jeunes ne sont que de la
racaille !
Quelles sont les solutions que doit
proposer concrètement le Club du Vendredi 13 pour tenter de
faire face à cette censure préjudiciable pour le cinéma de
genre ?
Nous sommes en train de les élaborer. Elles seront mises en
ligne dans les prochaines semaines sur le site du club, mais
cela concerne avant tout les préachats des chaînes en clair
et les aides d'état qui ne sont données aujourd'hui qu'aux
films d'auteur.
Nous voulons également que soit créé le César des meilleurs
effets spéciaux pour que ces films acquièrent une reconnaissance
artistique comme dans les autres pays (USA mais aussi Espagne,
Angleterre...)
Ne devait-on pas rouvrir des petites
salles de cinéma spécialisées dans le cinéma de genre?
C'est exactement ce que La Fabrique de Films va faire.
Autre
chose : le cinéma de genre français a une véritable existence
à l'étranger. Il s'exporte très bien et les réalisateurs français
de films de genre sont tous courtisés par Hollywood. Les Américains
confient de gros budgets à ces jeunes réalisateurs alors qu'en
France, 100 000 euros d'avance sur recettes ne leur seront
jamais accordés !!! Le cinéma de genre fait vivre le cinéma
français à l'étranger. Ce sont ces films qui modernisent et
dynamisent l'image du cinéma français à l'étranger et qui
renouvellent les fans de films français.
Interview réalisée par Régis Collez pour http://www.cinemafantastique.be/
Vendredi 13 juin 2008 :
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Le 30 mai dernier, la commission de classification
a décidé d'interdire aux moins de 18 ans le film MARTYRS
de Pascal Laugier, mettant ainsi en péril sa sortie
en salles initialement prévue le 18 juin 2008. Une
manifestation se tiendra à
14h30 le vendredi 13 juin 2008 Place du Palais
Royal à Paris, face au Ministère de la Culture. Cette
mobilisation a pour objet d'envoyer un message fort
à Christine Albanel afin qu'elle reconsidère la position
adoptée par la commission de classification, afin
que ce film existe tout simplement. Parce que le cinéma
français doit être représenté dans toute sa diversité,
au travers de tous ses talents et pour que notre 7ème
art reste une terre de liberté.
Quand la censure martyrise
Horreur. Si la ministre de la Culture confirme l'interdiction
aux mineurs, le film "Martyrs" de Pascal Laugier,
vendu dans 35 pays, pourrait ne pas sortir en France.
Il n'est pas impossible que, pour la toute première
fois, une décision de la Commission de classification
des films aboutisse à une annulation de la sortie
en salles d'un long-métrage. La semaine dernière,
la Commission, par treize voix contre douze, a assorti
la sortie de Martyrs, de Pascal Laugier, d'une interdiction
aux moins de 18 ans. La décision est, pour l'instant,
soumise à l'approbation de Christine Albanel, ministre
de la Culture. En attendant, le distributeur Wild
Bunch a annoncé la suspension de la sortie du film,
prévue le 18 juin.
'est un coup d'arrêt à la carrière de Martyrs, qui
avait commencé sous les meilleurs auspices à Cannes.
Des habitués du Marché du film le consacraient déjà
comme "le meilleur film d'horreur français de tous
les temps"; il a été acheté par 35 pays et plusieurs
festivals (Toronto, Sitges, Locarno) ont commencé
les travaux d'approche pour le compter dans leur sélection.
Pendant ce temps-là, nul ne sait quand Martyrs sera
visible en France. Zombies. "Avec Pascal Laugier,
le réalisateur, et Wild Bunch, le distributeur, nous
assumons totalement le parti pris du film, plus proche
de l'univers de Haneke que d'un slasher américain,
où des zombies se bouffent le bide, s'agace Richard
Grandpierre, producteur et patron de Eskwad. Nous
nous attendions à ce qu'il fasse l'objet d'une interdiction
aux mois de 16 ans, mais pas ça.Concrètement, cela
signifie que le film, s'il sort, ne sera pas distribué
dans une centaine de salles, mais dans cinq au maximum,
et que Canal + devra déprogrammer un porno du samedi
soir et renoncer à le diffuser une petite dizaine
de fois parce qu'il ne pourra passer qu'entre minuit
et 5 heures du matin." |
Autrement dit, un enterrement
de troisième zone, tandis que l'affaire décuplera sans aucun
doute la curiosité des amateurs du genre qui se feront un
devoir de le télécharger sur le Net.C'est que, depuis l'affaire
Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, aboutissant
à une nouvelle classification interdite aux mineurs, hors
X, d'autres cas ont méchamment refroidi les ardeurs des producteurs
et distributeurs à se lancer dans ce genre d'aventure. Entre
autres, Saw 3 de Darren Bousman, dont la sortie émaillée de
divers incidents (caisses débordées, vigiles devant chaque
salle dans les multiplexes…) a conduit UGC à renoncer à exploiter
dans leur réseau des films dans cette situation. Ou encore
de la ridicule affaire de Quand l'embryon part braconner de
Koji Wakamatsu, film en noir et blanc de 1966, dont l'interdiction
aux mineurs a valu au ministère de la Culture une lettre de
protestation de l'association des réalisateurs japonais. Risques.
Si elle se confirme, l'interdiction de Martyrs, le bien nommé,
aura probablement des conséquences à long terme. Quel producteur
désormais mettra un euro dans un film qui court ce genre de
risque ? "Pas moi en tout cas", répond Richard Grandpierre.
Pour autant, la mort programmée du cinéma d'horreur made in
France correspond exactement au souhait de ceux qui viennent
de voter cette interdiction.
Article de Bruno Icher paru dans
Libération, en date du 04 juin 2008
VENDREDI 13 JUIN 2008 : NAISSANCE
DU CLUB DU VENDREDI 13
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